Si à votre oreille éco-conçu sonne un peu comme mieux conçu, c’est presque ça. Mais pourquoi ne pourrait-on pas faire du bien conçu tout court ? Revenons un peu sur l’historique récent de la mode, quels impacts environnementaux (plutôt négatifs au cas où vous douteriez) en découlent, puis profitons-en pour expliquer où se place l’éco-conception et quelques solutions existantes.
L’industrie du textile et de l’habillement telle que nous la connaissons aujourd’hui repose sur un système économique linéaire : extraire – fabriquer – consommer – jeter. Un vêtement est souvent vendu une seule fois pour ensuite devenir un déchet, gaspillant beaucoup de ressources (matériaux, eau, énergie) sur le chemin. Même si de plus en plus de vêtements usagés sont collectés (38% ont été collectés en France en 2018 selon Eco TLC [1]), seulement 1% est recyclé de manière circulaire en un nouveau vêtement d’après la fondation Ellen MacArthur [2]. Cela implique que les ressources n’ont pas conservé leur fonction initiale et/ou n’ont plus les mêmes propriétés, phénomène que l’on appelle « infrarecyclage » ou « downcycling » pour illustrer l’écart de qualité entre la matière secondaire recyclée et celle primaire.
13,1 millions de tonnes de textile jeté par an
Comment en sommes-nous arrivés à jeter 13,1 millions de tonnes de textiles par an dans le monde ? [3] Le système linéaire de l’industrie a mené à une surproduction générale, pour suivre le rythme des collections toujours plus nombreuses et imposé par la fast fashion. Ce nouveau fonctionnement a su faire transitionner les vêtements de biens de valeur durables à des biens consommables jetables, à renouveler aussi vite que les tendances. La production de vêtements a ainsi doublé entre 2000 et 2015 [2], aussi vite que les prix se sont effondrés pour encourager la consommation. Mais ces prix sympathiques ont un coût (oui, attendez la suite). Les chaînes de production ont été délocalisées à l’autre bout du monde et les marques changent de fournisseurs comme de chaussettes pour faire baisser les prix, mais aussi la qualité des produits a chuté. Parce que oui, un produit de mauvaise qualité coûte moins cher à produire, dure moins longtemps, donc la personne va retourner plus vite au magasin en acheter un nouveau tout neuf, et pas trop cher bien sûr parce qu’elle doit en racheter plus souvent. Il y a de quoi réjouir la fast fashion et son cercle vicieux.
On peut changer de veste plus souvent : tout bénef’, non ?
Le revers de la médaille de cette surproduction massive est que l’industrie textile est l’une des plus polluante au monde, avec des impacts environnementaux terrifiants. Chaque année, ce sont 79 millions de mètres cubes d’eau consommés par l’industrie de l’habillement, et il est attendu que ce chiffre fasse un bond de 50% d’ici 2030 [4], c’est-à-dire dans 10 ans seulement. Ce volume semble inimaginable, et pourtant il faut entre 7 000 et 11 000 litres d’eau au total pour produire un jean, soit 285 douches [5]. Et au rythme auquel nous allons, dans 10 ans, l’empreinte carbone de l’industrie est annoncée à 2,8 milliards de tonnes par an [4]. Il est temps de changer de direction, vous ne croyez pas ?
Repenser les choses depuis le début
Certains sont d’avis que la seule solution serait de passer à un modèle d’économie circulaire, ce qui impliquerait un changement profond de modèle économique afin de fermer la boucle dans le cycle de vie d’un vêtement, et ce à long terme. Certaines stratégies sont d’ores et déjà applicables : réduire sa consommation, réutiliser l’existant (troc, seconde-main) et réparer nos biens pour allonger leur durer de vie. De fait, même si vous achetez éco-responsable, il vaudra toujours mieux lisser les impacts de ce que vous avez déjà sur des années et des années. Luttez contre l’effet rebond qui consiste à consommer plus de choses annoncées « plus écologiques » car n’en acheter qu’une, en prendre soin et l’utiliser longtemps sera souvent bien plus écologique.
Quoi qu’il en soit, le temps que la transition se fasse, il est indispensable de limiter les impacts des vêtements mis sur le marché et de faire en sorte qu’ils soient durables. Adieu obsolescence programmée, nous ne voulons plus de vêtements jetables qui s’abîment au bout de 5 jours. Pour ce faire, il faut repenser ce vêtement dès sa conception, prendre en compte toutes les étapes de sa vie (production, fabrication, transport, usage, fin de vie) et minimiser les impacts à chaque étape. En bref, il faut éco-concevoir son produit.
Mais comment éco-concevoir, pardi ?

Pour connaître plus en détails les impacts environnementaux des étapes et faire un choix optimisé de conception, une analyse de cycle de vie (ACV) des produits peut être réalisée. En premier lieu, on identifie les maillons de la chaîne de vie d’un produit-cible, puis les flux entrants et sortants à chacun d’entre eux (matières premières, produits chimiques, eau, électricité etc.). Ensuite, il s’agit de sélectionner des critères (si possible mesurables tels les émissions de gaz à effet de serre en g équivalent CO2) les plus représentatifs de ce cycle de vie. Les ingénieurs et designers sont alors plus à même d’établir leurs critères d’éco-conception, comparer plusieurs projets de produit et modifier les étapes les plus impactantes pour la planète.
Afin de minimiser les impacts environnementaux de notre vêtement, on choisit des matières durables et produites de manière écologique, on utilise des teintures et apprêts les plus naturels et propres possible, et on favorise les circuits courts (cela va sans dire que les transports en avion sont à éviter). Mais ce n’est pas tout, il faut aussi penser à sa fin de vie : plus notre jean dure longtemps et plus ses impacts sont lissés sur les années, mais il est également possible de faciliter sa réparation et son recyclage dès la phase de design. Ainsi, un jean mono-matière 100% coton, sans rivet ou ZIP métallique (pour faciliter le délissage), sera bien plus aisément recyclable.
Chez Good Fabric, nous accompagnons nos clients dans leur transition vers l’éco-conception et les aidons à trouver des alternatives plus éco-responsables à chaque étape. Des projets vers plus de circularité fourmillent, et cela nous fait fourmiller d’idées pour une industrie textile plus durable… Peut-être qu’il s’agit d’un cercle vertueux cette fois.

Sources
[1] Eco TLC, Les Chemins de l’Innovation, 2019.
[2] Fondation Ellen Macarthur, A new textiles economy: redesigning fashion’s future, 2017.
[3] Fédération de la maille, Rethink le dossier sur l’éco-conception, 2018.
[4] Sourcing Journal Media, Sustainability 2020 report, 2020.
[5] ADEME, Le revers de mon look, mars 2018.


