Pendant longtemps, le marché de la protection intime a été dominé par les protections jetables : serviettes hygiéniques, tampons et protège-slips. Mais depuis quelques années, une alternative s’impose progressivement dans les usages : la culotte menstruelle.
Plus confortable, réutilisable, plus durable et désormais mieux encadrée, elle est en train de passer d’un produit de niche à un produit de santé du quotidien. Et une évolution majeure va accélérer cette transformation : à partir de septembre 2026, certaines protections menstruelles réutilisables, dont les culottes menstruelles, pourront être remboursées en pharmacie pour les jeunes femmes de moins de 26 ans et les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire.
Ce changement pourrait profondément transformer le marché : nouveaux canaux de distribution, nouveaux critères de qualité, nouveaux volumes, mais aussi nouveaux défis industriels et réglementaires.
Un marché de la protection intime encore dominé par le jetable
Le marché français de la protection intime reste très largement structuré autour des produits à usage unique. Selon les données communiquées par les pouvoirs publics, plus de 2,8 milliards de produits de protection intime sont vendus chaque année en France, dont près de 2 millions de culottes menstruelles. Une femme utiliserait entre 6 000 et 13 000 protections intimes jetables au cours de sa vie.
Ces chiffres montrent deux réalités.
- D’abord, le marché est immense et repose encore majoritairement sur un modèle de consommation récurrente, avec des produits jetés après chaque usage.
- Ensuite, les culottes menstruelles restent minoritaires en volume, mais leur progression traduit une évolution profonde des attentes : les consommatrices recherchent plus de confort, plus de transparence, moins de déchets et davantage de sécurité sur la composition des produits.
La culotte menstruelle n’est donc plus simplement une innovation textile. Elle devient une réponse à plusieurs enjeux à la fois : santé, pouvoir d’achat, environnement et précarité menstruelle.
Culottes menstruelles : un marché encore jeune, mais déjà stratégique
Les culottes menstruelles représentent encore une part limitée du marché global des protections périodiques, mais leur visibilité est beaucoup plus forte que leur poids actuel. Elles sont devenues un symbole de la transition vers des protections plus durables et plus responsables.
Selon les données NielsenIQ citées en 2025, les culottes menstruelles auraient représenté 21,2 millions d’euros de chiffre d’affaires sur un an, soit 4,8 % du chiffre d’affaires du secteur des protections périodiques. Plus de 1,2 million d’unités auraient été vendues sur cette période.
Ces chiffres montrent que le marché n’est plus marginal, mais qu’il reste loin d’avoir atteint son potentiel. La prochaine étape ne sera probablement pas portée uniquement par les marques digitales ou les enseignes de lingerie, mais par un nouveau canal de confiance : la pharmacie.
Ce que le remboursement à partir de septembre 2026 va changer
Le remboursement des protections périodiques réutilisables constitue un tournant majeur. Jusqu’ici, les culottes menstruelles étaient principalement achetées comme des produits textiles ou bien-être. À partir de septembre 2026, elles entreront beaucoup plus clairement dans l’univers de la santé du quotidien.
Le décret du 17 avril 2026 prévoit que, parmi les protections périodiques réutilisables, seules les coupes menstruelles et les culottes menstruelles pourront être prises en charge ou remboursées par l’Assurance maladie.
La mesure concernera les femmes de moins de 26 ans ainsi que les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire. Selon Service-Public.fr, l’Assurance maladie remboursera entre 55 % et 65 % du coût pour les moins de 26 ans, avec un reste à charge pouvant être couvert par les mutuelles. Pour les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire, l’achat pourra être intégralement pris en charge.
Cette évolution va changer trois choses.
- D’abord, elle va rendre les culottes menstruelles plus accessibles. Le prix d’achat initial est l’un des principaux freins à l’adoption. Le remboursement réduit cette barrière, en particulier pour les jeunes femmes.
- Ensuite, elle va légitimer le produit. Une culotte menstruelle remboursable ne sera plus seulement perçue comme une alternative textile : elle deviendra une solution reconnue dans le parcours d’achat santé.
- Enfin, elle va professionnaliser le marché. Les produits remboursés devront répondre à des exigences précises de qualité, de sécurité, de traçabilité et de conformité.
Pourquoi les culottes menstruelles répondent à un vrai besoin pour les femmes
La première utilité des culottes menstruelles est pratique. Elles permettent de remplacer ou compléter les protections jetables, avec une sensation proche d’un sous-vêtement classique. Elles peuvent être utilisées seules ou en complément selon le flux, le moment du cycle ou le niveau de confort recherché.
Elles répondent aussi à une demande croissante de sécurité. Les consommatrices veulent savoir ce qu’elles portent au contact de leur peau, pendant plusieurs heures, sur une zone intime. La question de la composition, des substances indésirables, des traitements chimiques et de la tolérance dermatologique devient centrale.
Depuis le 1er avril 2024, les fabricants de protections intimes doivent fournir une information renforcée sur la composition, les modalités d’utilisation et les précautions d’emploi. La DGCCRF rappelle que cette évolution vise à améliorer la transparence et l’information des utilisatrices.
La culotte menstruelle peut aussi être une réponse à la précarité menstruelle. Les pouvoirs publics indiquent qu’en France, une femme sur trois est confrontée à la précarité menstruelle et que 4 millions de femmes et personnes menstruées manquent de protections périodiques.
Dans ce contexte, un produit réutilisable, remboursé et distribué en pharmacie peut devenir une solution concrète : moins d’achats répétés, moins de dépendance aux protections jetables, et une meilleure continuité d’usage.
Un impact environnemental potentiellement fort
Le modèle classique de la protection périodique repose sur un usage unique. Chaque cycle génère des déchets : emballages, protections usagées, applicateurs, films plastiques. À l’échelle d’une vie menstruelle, cela représente plusieurs milliers de produits jetés.
Face à cela, la culotte menstruelle propose une logique différente : acheter moins souvent, laver, réutiliser, prolonger la durée de vie du produit. C’est ce changement d’usage qui porte son potentiel environnemental.
L’enjeu n’est pas seulement de remplacer un produit par un autre. Il s’agit de passer d’un modèle de consommation linéaire — acheter, utiliser, jeter — à un modèle plus durable, fondé sur la réutilisation.
Mais cet avantage environnemental ne peut être réel que si le produit est bien conçu. Une culotte menstruelle responsable doit combiner plusieurs critères : matières de qualité, durabilité au lavage, absence de substances controversées, réparabilité éventuelle, finitions solides, emballage réduit et traçabilité de la fabrication.
L’environnement ne se joue donc pas uniquement dans le discours marketing. Il se joue dans la conception textile, le choix des composants, la qualité industrielle et la durée réelle d’utilisation.
Le rôle clé des pharmacies dans la prochaine phase du marché
Avec le remboursement, les pharmacies vont devenir un canal stratégique pour les culottes menstruelles. C’est un changement profond.
Jusqu’ici, l’achat se faisait surtout en ligne, en magasin de lingerie, en grande distribution ou via des marques spécialisées. Demain, la pharmacie pourrait devenir le lieu de référence pour acheter une culotte menstruelle remboursable, avec un conseil associé.
Cela va transformer les attentes.
Les pharmaciennes et pharmaciens devront pouvoir expliquer simplement : à qui s’adresse le produit, comment choisir la taille, quel niveau d’absorption sélectionner, comment l’entretenir, combien de culottes prévoir pour un cycle, quelles sont les conditions de remboursement, et quelles garanties de sécurité existent.
La pharmacie devra donc jouer un double rôle : distributeur de proximité et tiers de confiance.
Pour les marques et fabricants, cela signifie qu’il ne suffira plus de proposer un produit esthétique. Il faudra fournir un produit documenté, conforme, testé, compréhensible et facile à recommander.
Les défis à relever pour répondre à la demande à venir
La disruption du marché ne se fera pas sans difficultés. Le remboursement va probablement augmenter la demande, mais il va aussi révéler les limites de certains acteurs.
Le premier défi sera industriel. Produire une culotte menstruelle de qualité demande un savoir-faire textile spécifique : choix des matières, assemblage des couches absorbantes, confort, respirabilité, maintien, résistance au lavage, gradation des tailles et contrôle qualité.
Le deuxième défi sera réglementaire. Les produits remboursables devront répondre à des critères précis. Le marché va se structurer autour de preuves : tests d’absorption, durabilité, innocuité, composition, conformité d’étiquetage et documentation technique.
Le troisième défi sera logistique. Les pharmacies auront besoin de produits disponibles, avec des tailles, des flux et des références faciles à gérer. Le marché devra éviter les ruptures, les assortiments trop complexes ou les produits mal expliqués.
Le quatrième défi sera pédagogique. Beaucoup de consommatrices hésitent encore : peur des fuites, doute sur le lavage, incertitude sur le nombre de culottes nécessaires, méconnaissance du remboursement. Les marques devront accompagner l’usage, pas seulement vendre un produit.
Enfin, le cinquième défi sera la confiance. Des débats récents sur la présence possible de substances indésirables, notamment les PFAS, montrent que la sécurité produit sera un sujet de plus en plus sensible. Une étude scientifique relayée par Le Monde en 2025 a détecté des PFAS dans plusieurs protections menstruelles réutilisables testées, y compris des produits européens.
Pour les acteurs sérieux, cela représente une opportunité : le marché aura besoin de transparence, de tests et de traçabilité.
Vers une nouvelle génération de culottes menstruelles
La prochaine génération de culottes menstruelles ne sera pas seulement plus jolie ou plus confortable. Elle devra être plus fiable, plus traçable et plus accessible.
Les critères qui feront la différence seront probablement :
- une composition claire et rassurante ;
- des matières certifiées ;
- des tests d’absorption et de durabilité ;
- une absence de substances controversées ;
- une fabrication maîtrisée ;
- une information simple pour les consommatrices ;
- une offre adaptée au canal pharmacie ;
- un prix compatible avec le remboursement et les marges officinales.
C’est là que le marché va réellement être disrupté. Non pas uniquement par l’arrivée du remboursement, mais par le passage d’un marché de marques à un marché de preuves.
Conclusion : une opportunité majeure, à condition d’être prêt
Le marché des culottes menstruelles entre dans une nouvelle étape. Après une première phase portée par les marques engagées et les consommatrices pionnières, une deuxième phase s’ouvre : celle de la massification, de la pharmacie, du remboursement et de la normalisation.
Cette évolution peut accélérer l’adoption des protections périodiques réutilisables, réduire la précarité menstruelle et limiter l’impact environnemental des protections jetables.
Mais elle impose aussi un niveau d’exigence plus élevé. Les acteurs capables de conjuguer qualité textile, sécurité, traçabilité, conformité réglementaire et accessibilité prix seront les mieux placés pour répondre à la demande à venir.
Chez Good Fabric, nous sommes convaincus que la culotte menstruelle peut devenir bien plus qu’une alternative : elle représente une solution durable, accessible et fiable pour accompagner les femmes dans leur quotidien, tout en réduisant l’impact environnemental de la protection intime. Depuis 2017, nous sommes pionniers des culottes menstruelles en marque blanche avec une technologie éprouvée par des acteurs de référence tels que Dans Ma Culotte ou le groupement de pharmacies Lafayette Conseil.
Sources :
https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/28-mai-2025-journee-mondiale-de-lhygiene-menstruelle
https://www.quechoisir.org/actualite-protections-menstruelles-remboursees-a-partir-de-septembre-2026-n175858
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18883
Question fréquentes
Les culottes menstruelles seront-elles remboursées en France ?
Oui. À partir de septembre 2026, certaines protections périodiques réutilisables, dont les culottes menstruelles, pourront être remboursées pour les femmes de moins de 26 ans et les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire, sous conditions de délivrance et de conformité.
Quelles protections périodiques réutilisables seront concernées ?
Le décret du 17 avril 2026 précise que seules les coupes menstruelles et les culottes menstruelles pourront être prises en charge parmi les protections périodiques réutilisables.
Pourquoi les culottes menstruelles sont-elles plus écologiques ?
Elles sont lavables et réutilisables, ce qui permet de réduire le nombre de protections jetables utilisées au cours d’une vie menstruelle. Leur impact dépend toutefois de leur qualité, de leur durée de vie, de leur composition et de leurs conditions de fabrication.
Quel sera le rôle des pharmacies ?
Les pharmacies deviendront un canal clé pour distribuer les protections menstruelles réutilisables remboursables. Elles auront un rôle de conseil, d’information et de réassurance auprès des consommatrices.
Quels sont les principaux défis pour les fabricants ?
Les principaux défis sont la qualité textile, la conformité réglementaire, les tests d’absorption et de durabilité, l’absence de substances indésirables, la gestion des tailles, la disponibilité produit et la pédagogie auprès des pharmacies et des utilisatrices.


