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L’histoire du coton – volet #3 : Etat des lieux et prise de conscience écologique

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26 juillet 2021
L’histoire du coton – volet #3 : Etat des lieux et prise de conscience écologique 1070 716 Good Fabric

Avec la mondialisation, le marché du coton s’est développé rapidement et de nouveau acteurs sont apparus. L’accélération du rendement de la culture du coton a donné naissance à de nombreuses dérives écologiques, notamment avec l’apparition du coton génétiquement modifié.

Mais où en sommes-nous aujourd’hui ? Comment s’organise l’industrie du coton ? Quelles sont les solutions mises en place pour lutter contre ces dérives écologiques ?

Au milieu du 20-ème siècle, le coton représentait 70 % des matières utilisées dans l’industrie textile. Malgré l’apparition des matières synthétiques, le coton a conservé une place de choix.

La production du coton a évolué en termes d’origine. En effet, la production de l’Angleterre a décliné dès les années 1910 et la France avant la seconde guerre mondiale. Les techniques et les machines inventées en Angleterre furent délocalisées dans les pays asiatiques au début du 20 -ème siècle, notamment au Japon. Elles furent ensuite introduites dans toute l’Asie du Sud-Est. En parallèle, les pays de l’Amérique du Sud commencèrent à se doter d’une industrie textile, même si ce mouvement fut plus tardif. Cependant, après la seconde guerre mondiale, les pays producteurs de coton commencèrent à se diversifier davantage. L’Afrique de l’Ouest développe sa production et devient le deuxième exportateur mondial de coton dans les années 1980. En parallèle, la production asiatique se développe, notamment au Pakistan et en Chine.

Comment s’organise l’économie du coton à travers les pays producteurs ?

De nos jours, 70 % de la production mondiale de coton est effectuée par 4 pays (USA, Chine, Inde, Pakistan), viennent ensuite le Brésil et l’Ouzbékistan.

En Chine, où le totalitarisme politique est au service du capitalisme économique, l’industrie du coton a explosé ces 30 dernières années. Là-bas, les moyens employés sont colossaux, la main d’œuvre afflue de tout le pays, guidée par la réussite promise par l’état chinois.

La Chine fabrique deux fois plus de tissus et de produits finis que l’Inde et quatre fois plus que les Etats-Unis. Cependant, malgré une récolte nationale abondante, le pays a besoin d’importer beaucoup de coton pour satisfaire les demandes croissantes de l’industrie textile. Les ouvriers chinois, travaillent 7 jours sur 7, 12h par jour pour un revenu d’environ 100 yuans par mois. La plupart de ces ouvriers proviennent du fin fond des campagnes chinoises. Ils ont fait le choix de venir travailler dans ces usines pour sortir de la misère et pour venir en aide financièrement à leurs familles.

Pour contrer la domination des Chinois dans l’industrie textile, les Etats-Unis décident de mettre en place une subvention attribuée aux producteurs américains tous les cinq ans. La « Farm Bill » s’élève à un montant total de 10 Milliards de dollars. Le NCC (National Coton Council), organisme qui s’occupe du coton au sein des Etats-Unis, prend en charge une bonne partie de cette subvention.

Cependant l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), en réponse à la plainte déposée par le Brésil et l’Afrique, condamne ces subventions pour cause de concurrence déloyale. A cette problématique s’ajoute le fait qu’il faudrait alors éliminer l’ensemble des subventions attribuées à l’ensemble des productions agricoles dans le monde. Cependant, cela est totalement inimaginable car ces subventions soutiennent artificiellement les productions non rentables. Sans elles, les paysans américains, notamment, cesseraient de planter du coton. Dans l’hypothèse où l’offre diminuerait, les cours reprendraient de la vigueur : une augmentation estimée entre 5 à 17 %.

Les faits ne sont pas les mêmes dans tous les pays. Par exemple, il n’existe pas de subvention de l’état en Ouzbékistan, pays vestige de l’URSS et du communisme. En effet, l’Ouzbékistan produit un million de tonnes de coton par an ; l’état achète à faible prix tout le coton aux paysans et le revend deux à trois fois plus cher sur le marché mondial. Les paysans et les responsables des fermes collectives voudraient mettre en place un système de privatisation car, comme le système bancaire ouzbek dépend entièrement de l’état, il n’y a pas de fiscalité appliquée. L’état achète à bas prix aux paysans mais ne règle pas les créances pendant des années ce qui provoque une augmentation de la misère, déjà très présente dans ce pays. En Ouzbékistan, la culture du coton représente 40 % de l’économie.  Les machines utiliser pour récolter le coton étant trop coûteuses, l’Ouzbékistan demande une mobilisation générale des parties prenantes au moment des récoltes. En plus des ouvriers travaillant 12 heures par jour pour 4 centimes d’euros/ kg de coton, il n’est pas rare de trouver des enfants dans les champs de coton pour cueillir le coton. Cette mobilisation permet de résister à la concurrence, mais a un vrai coût social.

Un autre exemple est celui du Brésil. Dans la région du Mato Grosso, on coupe et on brûle les plus beaux arbres pour implanter des champs de coton. Là-bas, l’état laisse faire l’extorsion des terres par des « pionniers » qui chassent des populations entières dites « Sans-Terre » dans le but d’implanter des champs de coton et des usines. Cela contribue à la déforestation de l’Amazonie, première réserve de biodiversité de la planète. Dans ces nouvelles villes, la misère sociale est très marquée. Les « Sans-terre » errent le long des routes et vivent dans des habitations très précaires : amas de tôles, planches, parois de sacs plastiques, morceaux de tente, … Des hangars immenses s’entassent alors les uns à côté des autres et logent par exemple des ouvriers brésiliens travaillant en moyenne 60 heures par semaine pour environ 600 € par mois.

Et la France dans tout ça ?

La France, elle, ne boxe plus dans cette catégorie depuis longtemps.

Une personne est assimilée à cette chute de l’industrie française du coton : Marcel Boussac, dit « le roi du coton ». Marcel Boussac était un industriel du textile français qui fit fortune à la fin de la première guerre mondiale en rachetant les stocks de toile d’avion pour confectionner les blouses, les chemises et les pyjamas (son invention). Son objectif était d’obtenir le meilleur produit au prix le plus bas et savait jouer de la publicité, notamment en imposant son label qualité : « Garantie Boussac ». En 1953, il totalise 52 usines et 50 millions de francs de chiffres d’affaires. Se croyant infaillible, il n’anticipe pas les problématiques futures. Avec les 30 glorieuses, les frontières s’ouvrent, la mode s’accélère et la décolonisation renchérit la matière première, provoquant la chute de Marcel Boussac.  Ce dernier continuera quelques temps avec ses anciennes méthodes et refusera tous les avis extérieurs contredisants ses décisions. Au fil des années, ses profits et sa fortune s’épuisent. Tout son empire s’écroule à la fin des années 70, embarquant avec lui l’industrie du coton français…

Comment la prise de conscience écologique donne un nouvel espoir à l’industrie du coton ?

L’apparition du coton génétiquement modifié va bouleverser les codes de l’échiquier mondial du coton au détriment de la planète. Le coton, comme toute plante, subit des dégâts par des prédateurs extérieurs et les mauvaises herbes. Pour lutter contre ces éléments extérieurs, l’entreprise Monsanto développe un coton génétiquement modifié en ajoutant à la séquence ADN du cotonnier le gène Bacillus thuringiensis (BT). Celui-ci a pour but de tuer tous ces prédateurs nuisant au développement de la plante. Pour résister aux herbicides, la même entreprise développe le système du double filon. Ce système a pour but de vendre à la fois l’herbicide (qui tue les herbes) et la semence de la plante résistant aux herbicides. La production de coton va alors être boostée, les rendements vont exploser. Mais tout cela va être développé sans se préoccuper de l’impact néfaste que peut engendrer ces modifications sur la terre et sur l’Homme.

Les mentalités évoluant avec le temps, notamment à travers le développement des réseaux sociaux, de la médiatisation des ONG ou encore de l’éducation des jeunes générations, les priorités changent à tous les niveaux. L’objectif des grands groupes est toujours focalisé sur le profit mais une remise en question est de plus en plus au cœur des débats. Avec les années, nous voyons émerger de nouvelles structures fondées sur des business models plus écologiques, raisonnés, conscientisés. Les entreprises se heurtent à l’envie des consommateurs de continuer à consommer tout en préservant la planète. Les grands groupes doivent repenser leur vision et l’adapter pour qu’elle soit bénéfique à la nature, ou en tout cas moins néfaste qu’auparavant.

Les médias communiquent de plus sur l’industrie du coton comme une des plus polluantes au monde. Une solution apparaît alors comme une évidence : le coton biologique.

Cette nouvelle tendance émerge alors dans les années 1990. En effet, des pionniers aux États-Unis et en Turquie commencent alors à créer de nouveaux marchés pour le coton cultivé en assolement traditionnel dans des exploitations certifiées biologiques. Les premiers textiles composés de coton issu de l’agriculture biologique mis sur le marché consistaient alors en une gamme limitée. Ceux-ci étaient vendus dans un petit nombre de magasins spécialisés – généralement des magasins d’alimentation naturelle et diététique. Ils étaient essentiellement commercialisés pour leurs caractéristiques écologiques plutôt que pour leur qualité, leur esthétisme ou leur aspect mode.

Depuis 1990, la demande en coton biologique connaît une augmentation de plus en plus rapide. Aujourd’hui, des articles composés de coton biologique sont régulièrement proposés à la vente et (re)connus du grand public. Des textiles et vêtements en coton biologique sont à présent en vente dans des boutiques haut de gamme, mais également dans d’autres circuits de distribution tels que des supermarchés, des magasins d’alimentation naturelle et diététique, des boutiques spécialisées, des réseaux de vente par correspondance et dans des boutiques e-commerce.

Mais pourquoi utiliser du coton biologique ?

On utilise le terme coton biologique pour décrire une culture de coton sans pesticides, sans herbicides ou encore sans produits chimiques, où le compost naturel remplace les engrais chimiques. En comparant avec la culture du coton conventionnel, on observe une consommation d’eau moins importante, moins de problèmes de santé pour tous les ouvriers travaillant dans les champs de coton et donc une culture moins néfaste pour l’environnement.

Cependant, la production de coton biologique représente seulement 1 % de la totalité de production de coton et son prix de revient est supérieur d’environ 15 à 35 % par rapport au coton conventionnel.

De plus, le coton biologique a ses limites. En effet, il y a plus de coton biologique vendu qu’il n’en est réellement produit. La traçabilité du coton est donc un sujet crucial qui touche aujourd’hui toutes les entreprises textiles. Il est nécessaire de remonter toutes les filières afin de s’assurer que l’on utilise vraiment du coton biologique dans toutes les étapes de production. Alors oui, les certifications types GOTS ou OCS sont là pour s’assurer de la traçabilité, mais il est important d’effectuer quand même des tests et des audits pour vérifier les informations déclarées par chaque acteur de la chaîne de valeurs.

Que retenir ?

L’histoire du coton a évolué au fil des âges, à travers toutes les civilisations. Il fut tout d’abord mis en avant par d’anciennes civilisations comme les Aztèques ou encore les peuples de la vallée de l’Indus. Puis la mode des cotonnades déferla sur l’Europe au 17ème siècle provoquant une véritable révolution industrielle avec son cortège de souffrance et d’injustice : l’esclavage, la colonisation, l’environnement… Mais la société et les mentalités évoluent, le coton commence à rejeter les dérives effectuées au cours de son histoire pour proposer une alternative plus respectueuse de l’homme et de son environnement.

De nombreux enjeux se jouent aujourd’hui, aussi bien au niveau social qu’au niveau environnemental. La réalité du terrain et la communication sur toutes les problématiques liées aux problèmes de la traçabilité sont des sujets cruciaux que les entreprises ne peuvent plus mettre de côté.

Les enjeux sociaux et les crises sociales dévoilées au grand jour tel que la situation des Ouighours en Chine permettent aux marques de se recentrer sur ce qui compte vraiment : l’importance de la responsabilité et du bon sens au cœur des process internes.

Désormais, notre industrie se retrouve en face de grands défis que nous ne devons pas craindre de relever, tous ensemble. Car c’est en affrontant la réalité, en communiquant sur nos problématiques et en agissant dans le bon sens que nous pourrons vraiment changer les choses sur du long terme !

Article rédigé par Simon Péré

Par Louis-Marie VAUTIER
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